À la découverte de la complexité de l’édition indienne
Grâce à une coopération croisée et réussie entre l'Asfored, le Ministère des Affaires étrangères et européennes et l'ambassade de France en Inde, les étudiants du mastère spécialisé Management de l’édition ont fait un voyage d’études extrêmement riche entre le 31 mars au le 5 avril 2012. La qualité de l’accueil et les chiffres recueillis auprès du National Book Trust (NBT), « CNL indien » ont particulièrement marqué les esprits.
Partout, un accueil très chaleureux
Les mastèriens ont rencontré de nombreux professionnels indiens de la chaine du livre ainsi que des acteurs institutionnels français, indiens et allemands. Les échanges ont toujours été fructueux et chaleureux.

Du côté des libraires et éditeurs locaux, un accent particulier a été mis sur l’édition indépendante : Navayana, DuckBill, Westland, Pratham, Vitasta ou Roli books, et la maison d’édition associative féministe Zubaan.
Les étudiants ont été aussi reçu personnellement par le Président de la Federation of Publishers and Booksellers in India, Kailash Balani, directeur d' Adittya Books. A ce titre, il leur a présenté les activités de son groupe en tant que grossiste, mais aussi d’importateurs de livres juridiques neufs et d’occasion, fournisseurs de e-books, journaux en ligne et de bases de données pour les bibliothèques. Il a aussi abordé sa production scolaire : livres, ebooks, solutions de tableaux blancs interactifs. Enfin il a réalisé un focus sur l’édition numérique indienne.
Côté institutionnel, le service culturel de l’ambassade de France, co-organisateur du voyage a apporté un soin particulier à l’accueil des mastériens :
- présentation du Bureau du livre,
- invitation à "Writer's Etc.", l’événement littéraire mensuel monté avec l'Alliance Française de Delhi qui accueillait Bhaichand Patel, auteur du livre "Bollywood's Top 20 superstars of Indian Cinema", en conversation avec Aruna Vasudev, critique de cinéma, à l’occasion des 100 ans du cinéma indien,
- cocktail de départ.
Un moment-clé du voyage aura été la présentation du National Book Trust (NBT), « CNL indien » qui a exposé, chiffres à l’appui, la complexité du marché de l’édition indienne.
6000 langues et une surreprésention de l’édition anglophone
L’Inde compte 6000 langues dont seulement 50 font l’objet de publications (18 sont soutenus par le NBT).
Le secteur de l’édition est très disparate ; 20. 000 éditeurs publient environ 100.000 livres par an.
On estime que l’Inde se place au 6e rang de l’édition mondiale et au 3e de l’édition anglophone derrière les Etats-Unis et la Grande Bretagne.
10 premières langues d'Inde
| Langues |
Locuteurs |
Régions |
| Hindi |
422 Millions |
Nord, Nord-est dont Uttar Pradesh, région la plus peuplée |
| Bengali |
83 Millions |
Bengale,territoire de Calcutta |
| Telougou |
74 Millions |
Andrah Pradesh, territoire de Pondichéry |
| Marathi |
72 Millions |
Maharashtra, région de Bombay |
| Tamoul |
60 Millions |
Territoire de Pondichéry |
| Ourdou (proche de l’Hindi) |
51 Millions |
Uttar pradesh, Delhi |
| Goudjourati |
46 Millions |
Gousdjourat:Extrême ouest |
| Kannada |
38 Millions |
Territoire de Bengalore |
| Malayalam |
33 Millions |
Kerala |
125 millions d’Indiens parlent anglais soit 10% de la population mais seulement 3% sont parfaitement bilingues.
Or les publications en langue anglaise représentent plus d’un tiers de la production du pays et ce sont ces livres qui sont connus à l’étranger. Car l’anglais est la langue des élites, la langue utilisée dans l’administration et pour les échanges commerciaux.
L’hindi est la langue de l’Inde rurale qui représente les ¾ de la population.
A prendre en compte aussi le taux d’alphabétisation : 65% (82% chez les jeunes). Il y a donc un fort potentiel de nouveaux lecteurs. Mais le système des castes continue à avoir un impact profond sur l’accès aux livres, d’autant plus que la majorité de la population, rurale, est éloignée des librairies.
La jeunesse, espoir de l’édition indienne
40% des Indiens ont moins de 25 ans ce qui représente un potentiel de lecteurs de 500 millions d’enfants et de jeunes adultes.
Les livres de langue anglaise, modernes, se vendent bien mais restent éloignés de la majorité du lectorat. Les livres en langues locales sont proches des besoins mais leur production est vraiment traditionnelle.
L’Inde a, certes, une tradition littéraire très ancienne mais l’histoire de la littérature jeunesse est récente. En effet, longtemps la tradition orale a prédominé. Le passage a l’écrit a concerné surtout des livres à visée pédagogique et les grandes épopées hindoues. Quant à l’édition en anglais, elle a longtemps été dominée par des importations des Etats-Unis et de Grande-Bretagne.
Mais on assiste à un changement de statut de l’édition jeunesse, davantage tournée vers l’imagination et le divertissement. Ce qui occasionne la création de nouvelles maisons.
De plus, sur les 25% des jeunes Indiens qui lisent des livres, près de la moitié appartiennent à des classes sociales défavorisées. Cela prouve que l’énergie des nouveaux groupes sociaux qui créent les bases d’un lectorat élargi.
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